Les chroniques d'Esther H

lundi 3 janvier 2011

Mauvaise colonne pour les pigistes au Groupe l'Express-Roularta

A gauche un extrait du vrai bulletin de salaire d'un pigiste du groupe l'Express-Roularta. La prime d'ancienneté est due aux pigistes en application de la Loi Cressard qui considère tout pigiste régulier comme un journaliste en CDI couvert par la Convention collective des journalistes. Mais au Groupe Express-Roularta, par un malin hasard, cette prime ne figure pas dans la colonne « montant à ajouter » mais dans la colonne... « désignation ». Résultat: l'ordinateur ne rajoute pas la prime d'ancienneté au salaire de base ; la « P.ANC.PIG. » flotte comme un libellé, enfreignant ainsi toutes les règles de paie et du code du travail. A droite votre bulletin de salaire, tel que vous auriez dû le recevoir. La différence ? Le montant de la prime d'ancienneté elle-même qui est simplement non payée. Depuis des années.

express_paie_pigistes.jpg

La direction du Groupe l'Express-Roularta estime que la Loi Cressard n'a plus lieu d'être appliquée. Les employeurs de presse n'ont-ils pas fait signer par la CFDT, au niveau national, en début d'année un «protocole d'accord pigistes» récusé par tous les syndicats, remettant en cause les principes de cette même Loi Cressard ? En introduisant un statut particulier pour les pigistes ce pseudo-accord sépare ces journalistes déjà précarisés du reste de la profession. Et, bien entendu, en matière d'ancienneté de nouvelles règles qui sont plus défavorables leur seraient imposées. D'abord à eux et ensuite aux journalistes en poste? Mais le Groupe Express-Roularta qui vient de prendre la direction du syndicat de la presse magazine, n'applique même pas non plus les clauses minimalistes de l'accord au rabais! La direction de GER n'applique pas la loi Cressard, n'applique pas le Code du Travail, n'applique rien sinon sa propre loi. FO s'est une nouvelle fois adressé à la direction. Il n'est pas trop tard pour rectifier la situation des pigistes. Il faut que cela cesse et que les salaires soient payés. FO qui rencontre l'Inspection du travail en aout, a pris contact avec tous les syndicats de l'Express-Roularta, afin que l'unité la plus large se fasse sur ce dossier: paiement des primes d'ancienneté!

(source: SGJ-FO/section GER)

dimanche 12 décembre 2010

Rémunération des journalistes, Droits d'auteur..., Des milliers d’euros détournés chaque année par des employeurs de presse


" href="http://www.mediapart.fr/club/blog/esther%20H">esther H

De nombreux journalistes pigistes, débutants ou expérimentés, titulaires ou non de la carte de presse, sont rémunérés sous le régime des droits d’auteur ainsi aussi depuis quelques temps comme autoentrepreneur. Les syndicats des journalistes, notamment le Syndicat général des journalistes FO (SGJ FO) dénonce ces pratiques de plus en plus courantes.

Les entreprises de presse et d'audiovisuels n'hésitent pas à payer les journalistes en droits d'auteur AGESSA ou comme autoentrepreneur en sachant que ce mode de rémunération est totalement illégal. Des milliers d’euros sont ainsi détournés chaque année par des employeurs de presse.

Décryptage

Le régime droits d’auteur est géré par l'Association pour la gestion de la sécurité sociale des auteurs (Agessa). Ce régime concerne les personnes qui exercent des activités littéraires et artistiques : écrivains, cinéastes, compositeurs, peintres illustrateurs.
Il est important de noter que ce régime social est très avantageux pour l'employeur à savoir que sur la rémunération brute dudit auteur, l'Agessa prélève environ 10% de cotisations sociales. L'employeur de son côté est assujetti à une contribution de seulement 1%...
La raison qui motive les éditeurs de presse écrite ou en ligne de rémunérer les journalistes pigistes de la sort est plus qu'évidente.

Journaliste, écrivain, quelle différence


Un journaliste selon le code du travail est un salarié, et ne peut en aucun cas et d’aucune manière s’affilier à l’Agessa dans l’exercice de sa profession. Son statut social relève du régime général des salariés (Urssaf) comme nous l’avons vu plus haut.

En revanche, de nombreux employeurs détourne le droit car il est beaucoup plus avantageux de verser 1% (part patronale) et 10% (part salariale) soit à l’Agessa que de s’acquitter de plus de 20% de cotisations salariales et patronales dues à l’Urssaf, au titre du régime général des salariés qui s’applique obligatoirement aux journalistes.

Par ailleurs, l’Agessa n’est pas très stricte sur l’activité réelle de l’employeur. Ce dernier peut s’y inscrire aisémentsans aucune difficulté et ainsi disposer d’un numéro de référence qui lui permettra d’accomplir ses déclarations sociales.

En revanche, les formalités sont beaucoup plus complexes pour l’auteur qui doit lui-même s’affilier à l’Agessa en remplissant un dossier très complet dans lequel il est obligé de détailler ses activités,ses revenus, ses déclarations fiscales…

Un journaliste déclaré comme auteur au Agessa n'a aucune protection sociale !!!


Il est déplorable de constater que de nombreux employeurs usent de cette méthode ce qui contribue à la précarisation grandissante des journalistes pigistes : rémunération au rabais (pas de 13e mois, pas de congés payés…), absence de couverture sociale (puisque le journaliste ne peut s’affilier à l’Agessa), fin de collaboration du jour au lendemain, aucunes indemnités de licenciement, pas d’allocations chômage…

Seul le tribunal des prud'hommes peut apporter une solution, mais beaucoup de journalistes pigistes hésitent voire renoncent à saisir la juridiction vu les délais souvent très long (18 mois en première instance pour le tribunal de Paris)... En attendant il faut vivre et payer ses charges...

l'agessa explique d'ailleurs dans une note datant du 10 août dernier


Les activités littéraires et artistiques exercées dans la presse

Ne relèvent pas du champ d’application du régime de sécurité sociale des auteurs :


Les journalistes professionnels et assimilés

Est journaliste professionnel, celui qui a pour « activité principale, régulière et rétribuée, l’exercice de sa profession dans une ou plusieurs entreprises de presse, publications quotidiennes et périodiques ou agences de presse et qui en tire le principal de ses ressources » (article L 7111-3 du Code du travail). Est également considérée comme telle, la personne qui exerce sa profession dans une ou plusieurs entreprises de communication au public par voie électronique (article 7111-5 du Code du travail).


Les sommes versées à un journaliste professionnel ou assimilé doivent être qualifiées de salaire, et ce, quels que soient le mode et le montant de la rémunération, ainsi que la qualification donnée à la convention par les parties à leurs relations de travail. Cette présomption est posée par :


le Code de la Sécurité sociale (articles L 311-2 et L 311-3-16e) : « sont obligatoirement affiliés au régime général, et même s’ils sont titulaires d’une pension, les journalistes professionnels et assimilés ».
- le Code du travail (article L 7112-1) : « toute convention par laquelle une entreprise de presse s’assure, moyennant rémunération, le concours d’un journaliste professionnel est présumée être un contrat de travail.

Peu importe que la personne concernée soit ou non détentrice d’une carte de presse.

- Les collaborateurs réguliers

Des bulletins de paie doivent également être établis au profit des personnes qui apportent une collaboration marquée par une grande régularité généralement liée à la périodicité de la publication. (…) La jurisprudence recherche généralement l’existence ou non d’un lien de subordination.

Celui-ci est caractérisé par « l’exécution d’un travail sous l’autorité d’un employeur qui a le pouvoir de donner des ordres et des directives, d’en contrôler l’exécution et de sanctionner les manquements de son subordonné ». Précisons que « le travail au sein d’un service organisé peut constituer un indice du lien de subordination lorsque l’employeur détermine unilatéralement les conditions d’exécution du travail. » (...)

Relèvent du champ d’application du régime de sécurité sociale des auteurs

Toute personne n’ayant pas la qualité de journaliste professionnel et dont la collaboration reste occasionnelle, peut être rémunérée sous forme de droits d’auteur si elle crée, en dehors de tout de lien de subordination, une œuvre de l’esprit originale. (…)

Il est clair qu'un journaliste exerçant sa profession, qu’il soit ou non titulaire de la carte de presse, ne peut en aucun cas être rémunéré sous le régime des droits d’auteur (à l’exception de certains journalistes photographes, mais dans un cadre très précis).

Une question se pose tout de même : Pourquoi l'Agessa encaisse-t-elle des cotisations indûment versées par des éditeurs de presse qui détournent le droit ?

Il est aussi important de souligner que rémunérer en droits d’auteur un journaliste exerçant sa profession peut relever de la fraude aux cotisations sociales au détriment de l’Urssaf et relever également du travail dissimulé [1]

Rémunérer sous le régime de l’Agessa permet aux employeurs de détourner le système : payer moins de charges et l'avantage majeur virer un pigiste sans risquer un procès.

Quand ce n'est pas la formule Agessa qui est retenue, le nouveau statut d'autoentrepreneur, plébiscité par le gouvernement sarkozy, semble séduire également chez les DRH des groupes médias.

Ainsi des centaines de milliers d’euros sont détournés chaque année par des employeurs peu scrupuleux du droit, creusant un peu plus les déficits des comptes sociaux !!

[1] passible d’une peine de trois années d’emprisonnement et 45.000 € d’amende, outre les sanctions civiles et les redressements que les organismes sociaux notifieront à l’employeur.

Avec Yves Barraud


Pour toute info complémentaire et tout témoignage : contact estherhpresse@gmail.com

mardi 20 avril 2010

VSD : 10 journalistes sacrifiés !



Société des journalistes de VSD
Intersyndicale Prisma Presse CGT-SNJ -FO

Après VSD, à qui le tour ?

 8 avril 2009 • La farce tranquille
Une nouvelle formule « haut de gamme » conçue pour VSD par Jacques Séguéla et Denis Jeambar est lancée par l’éditeur Philippe Labi, sans aucune concertation avec la rédaction, ni tests préalables. L’un des éléments phares de cette « modernisation » est la disparition du logo historique du magazine (arc-en-ciel).

Bilan : un mois après ce lancement, la diffusion tombe à 100 000 exemplaires vendus en kiosques. Six mois après, la diffusion chute sous ce seuil symbolique (moins 25 % en un an).
 13 octobre 2009 • Iceberg droit devant !
Devant l’effondrement des ventes, la Société des journalistes de VSD demande un bilan
de l’échec de cette nouvelle
formule. En vain.
 1er décembre 2009 • Zéro coût pour zéro idée
Pour répondre à la crise, l’éditeur annonce la suppression de 20 pages rédactionnelles, remplacées par des grilles de programmes télé réalisées par Prisma TV. Cette « nouvelle-nouvelle formule » est repoussée à la quasi unanimité de la
rédaction, qui adresse une motion de défiance, dénonçant ce projet low cost, à la direction générale Rolf Heinz et Pierre Riandet.
Face à la vacuité du projet présenté, une partie de la rédaction s’attelle à l’élaboration d’un projet éditorial alternatif, qui prend en compte les impératifs économiques pour affirmer l’identité originale de VSD, dissoute ces dernières années.
 18 décembre 2009. VSD amputé
La direction annonce au CE que cette reconfiguration éditoriale est adossée à un PSE (plan de sauvegarde de l’emploi),
prévoyant 13 suppressions de postes (sur 49 CDI). En résumé : la direction externalise 20 % du contenu rédactionnel
pour pouvoir supprimer 25 % des effectifs permanents.
Le CE mandate un expert sur le projet économique et éditorial de la direction.
 26 mars 2010 • Dialogue de sourds
L’expert présente son rapport au CE et propose, en s’appuyant sur le projet de la rédaction, un modèle éditorial ne prévoyant que 5 suppressions de postes.
 2 avril 2010 • La direction répond par la nomination d’un rédacteur en chef à mi-temps (également rédacteur en chef de Télé-Loisirs), le remplacement du directeur artistique par un Directeur artistique à mi-temps (DA de Voici) et le maintien du PSE
avec « 10 à 12 » pages livrées par l'agence TV du groupe, PTV, et 10 suppressions de postes.

Le positionnement éditorial est toujours aussi flou. Aucune date
de sortie n’est fixée pour cette nouvelle-nouvelle formule faite de bric et de broc.
 6 avril 2010 • VSD en grève
Après quatre mois d’échanges et de propositions, face à l’inflexibilité de la direction, les salariés votent majoritairement la grève le 6 avril. Reconduite le 9 puis le 12 avril.
Aujourd’hui, VSD est en première ligne. Mais ce que nous subissons préfigure la
politique générale d'une direction, fondée uniquement sur les coûts au mépris de la
qualité éditoriale.
Une politique qui se caractérise par une mutualisation à marche
forcée et une dégradation générale des conditions de travail.

samedi 19 décembre 2009

Prisma presse : nouveau plan social, salariés et syndicat inquiets


Le groupe Prisma a annoncé un nouveau plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) à VSD après le comité d'entreprise exceptionnel vendredi 18 décembre. "Treize postes (sur une cinquantaine) sont concernés par ce PSE, qui reposera sur des départs volontaires", précise un représentant du CE. Cette annonce intervient deux mois à peine après la clôture d'un premier PSE ayant conduit à 45 départs. Malgré le lancement d'une nouvelle formule en avril 2009, le groupe ne parvient pas stopper "l'érosion des ventes (-10 % au premier semestre, DSH OJD juin 2009 : 159 200 exemplaires)".

Vendredi matin devant le siège social de la rue Daru, à Paris, les salariés soutenus par les syndicats SGJ-FO, SNJ, CGT, sont inquiets et en colère. Il reproche à la direction et à l'éditeur des pôles Actualité-People et Télévision, Philippe Labi, une mauvaise gestion du titre VSD.

"Il n'y a eu aucune concertation des équipes pour le lancement de la nouvelle formule de VSD, et maintenant ce sont les salariés qui vont payer les erreurs de la direction, et de l'éditeur c'est un scandale", lance un journaliste.


"VSD complétera son offre éditoriale avec une formule enrichie qui verra le jour début 2010. Le nouveau projet éditorial de l'équipe de VSD vise à accentuer ses points forts et sa différenciation pour les lecteurs et les annonceurs du secteur.", note la direction de Prisma Presse.

Les trois piliers du titre, info, week-end et loisirs vont être renforcés avec une sélection de télévision.

Prisma Presse, qui est le premier diffuseur de presse télé en France, envisage donc de développer dans l'hebdomadiare, une sélection d'une vingtaine de pages réalisées avec le concours Prisma TV, rédaction interne spécialisée dans l'actualité de la télévision et la réalisation des grilles de programmes.

Le CE d'entreprise de l'UES Prisma Presse s'inquète du plan de sauvegarde de l'emploi mis en place par l'entreprise qui va toucher, en premier temps, les salariés de VSD.

Ce plan de réduction des effectifs est le troisème dans le groupe en 2009.

L'intersyndicale FO, CGT, SNJ pense que "ce projet, loin de soutenir et de garantir la perennité du titre, va amoindrir, en introduisant les grilles de programmes télévisés, le contenu rédactionnel et l'intérêt du titre. Affaiblir les effectifs contribue à affaiblir la ligne éditoriale."

"De plus, les grilles de programmes que la direction envisage d'insérer dans VSD, seront fournies par la rédaction de Prisma TV, une rédaction déjà à flux tendu", déclare un syndicaliste.

"La rédaction de PTV vient de subir une réorganisation au mois de novembre 2009 et les salariés de cette rédaction vivent mal ces changements. Les syndicalistes et les élus ont été contactés ces dernières semaines par des salariés en souffrance, qui se plaignent des conditions de travail et de certaines irrégularités au Code du travail. Nous avons d'ailleurs alerté le CHSCT", ajoute une élue.

Le mécontentement semble donc général chez Prisma Presse. Le 2 décembre dernier, la rédaction du magazine VSD a voté "le principe d'une motion de défiance" et adressé une ""lettre ouverte" au gérant de Prisma Presse Rolf Heinz ainsi qu'au directeur général Pierre Riandet" pour s'opposer à ce projet éditorial destiné à relancer le titre. Selon la Société des journalistes de VSD et l'intersyndicale FO-SNJ-CGT, "ce projet low cost d'un contenu éditorial au rabais" est en contradiction "absolue avec la volonté de "monter en gamme" mais aussi totalement contraire avec l'impératif de gagner de nouveaux lecteurs".

La direction semble insinuer que les treize postes "sacrifiés" sauvegarderont l'emploi dans l'entreprise.

Les syndicats affirment eux"que ces mesures ne sauvegarderont en rien l'emploi, mais aggravera la situation de VSD en réduisant son intérêt pour les lecteurs et aggravera le stress et les conditions de travail à Prisma TV".

Insatisfait par ce plan, le comité d'entreprise a décidé de consulter ses experts (comptable et avocat) pour avoir une juste appréciation sur la qualité et la quantité des documents fournis par la direction.

Affaire à suivre...

Parachute doré à Prisma Presse

Fabrice Boé l'ancien patron négocierait un parachute doré de 3 millions d'euros. Alors que l'entreprise de presse est touchée par un plan social, l'ancien patron Fabrice Boé empocherait 3 millions d'euros sur le dos des salariés...



Les délégués syndicaux FO et CGT ont appris en début de semaine que Fabrice Boé, qui a quitté ses fonctions de gérant-président chez Prisma Presse depuis le 1er octobre 2009 et qui devait être rattaché à la direction de Gruner + Jahr, maison-mère de Prisma négocierait son départ pour une prime de 3 millions d'euros alors qu'un guichet de départs volontaires (45) est ouvert encadré dans le cadre d'un PSE, que tous ces postes ne seront pas remplacés renforçant les conditions de travail de plus en plus difficiles pour les rédactions.

Ce prochain départ intervient alors que Prisma Presse sous la direction de Fabrice Boé a vu son résultat opérationnel être divisé par deux au premier semestre, à 55 millions d'euros, après une chute de 20% des recettes publicitaires sur les cinq premiers mois de l'année. Ah, la crise ! Elle a bon dos et n'a pas le même impact pour tout le monde.


Monsieur Boé qui pendant toute l'année n'a cessé de répéter "que les efforts d'économies engagés permettraient de limiter la baisse de résultat pour l'année 2009" n'aurait donc aucune objection désormais pour empocher sur le dos des salariés 3 beaux millions d'euros...


Rappelons que Prisma Presse à engager un plan de 45 départs volontaires (licenciements économiques encadrés par un PSE) portant sur les activités internet, marketing et publicité.


Par ailleurs, Fabrice Boé a été confronté cette année à un conflit social né du déménagement de Prisma Presse.
Alors qu'il souhaitait installer le groupe à Asnières, il a dû changer de lieu en raison d'un fort mouvement de protestation des salariés, des syndicats et des menaces de grèves, pour retenir une installation à Gennevilliers, prévue pour la fin 2010. En outre, le lancement du mensuel Femmes, en 2008, rencontrerait un succès mitigé.

Une prime "dorée" de 3 millions d'euros est un scandale dans le contexte actuel ! Cette année pendant les négociations sur les salaires lorsque les syndicats ont demandé 100 à 150 euros d'augmentation notamment pour les plus petits salaires la direction a répondu : " qu'en période de crise une pareille demande était immorale"...

Force est de constater en effet que nous n'avons pas tous le même niveau de morale, ça c'est sûr !

La nouvelle se confirmant le syndicat FO et le syndicat CGT appellent les salariés à des rassemblements devant la direction, à Paris.

lundi 6 avril 2009

Démocratie malade ou quand l’indépendance de la presse est bafouée


Dans l’histoire de notre démocratie, rarement l’un des droits fondamentaux des citoyens, à savoir l’accès à une information de qualité, intègre, pluraliste et indépendante, n’a autant été menacée. La situation désormais est grave.

Force est de constater que les exemples ne manquent pas ; La mainmise sur les médias de quelques grands industriels, Lagardère, Bolloré, Bouygues… , dont les liens avec le pouvoir en place ne sont plus à démontrer, est une situation quasi unique en Europe et intolérable pour la bonne santé de notre démocratie et pour l’exercice de notre profession, défiée par ces nouveaux patrons de presse pour qui seule ne compte rentabilité et profit.


L'heure est aussi à la concentration. A la création de groupes intervenant à la fois dans la presse quotidienne, nationale et régionale, la télévision (Bolloré), les radios et le secteur numérique : sites internet… et dont les intérêts commerciaux d’activités parrallèles ne sont pas négligeables.



TF1, par exemple, contrôlée par Bouygues, est en position dominante, représentant plus du tiers de l’audience totale de l’ensemble des chaînes de télévision en France. Le groupe Bouygues dépend de contrats d’Etat, de collectivités locales, dans ses activités de bâtiment, de construction.

Le groupe Lagardère contrôle en propre cinq chaînes de télévision et produit et distribue des programmes pour la télévision. Lagardère dépend de commandes de l’Etat dans le domaine de l’armement.


La concentration connaît la même ampleur dans le secteur de la presse écrite :

Lagardère, également présent dans l’armement, a aussi une position dominante dans la presse au travers de Hachette-Filipacchi (Paris-Match, Elle, le Journal du Dimanche…), Bernard Arnault et les Echos…

Comment garantir l’objectivité totale de ces titres au regard des agissements des opérateurs du CAC 40, et les accointances affirmées des principaux patrons de presse avec le pouvoir politique en place.


En outre dans la plupart de ces entreprises de presse, la diminution des coûts est le seul critère qui vaille, le dumping social l’outil de référence.

Alors au fil du temps, les titres sont fermés et de nombreux emplois de journalistes supprimés. Restructurations et plans sociaux se succèdent à un rythme infernal.

Pour les journalistes qui survivent dans les rédactions, les pressions sont énormes. La censure s’imposant de plus en plus brandissant pour unique défense les contraintes commerciales. Ce vent néolibéral qui souffle sur la presse française accable notre profession et met en danger notre démocratie et ses fondements.

Nous devons farouchement défendre le pluralisme ménacé par ces mêmes propriétaires, défenseurs de la pensée unique, qui concentrent entre leurs mains la majorité des médias français.




Les journalistes n’ont aucune vocation à diffuser une information, un message au profit d’un groupe d’intérêt. L’information ne doit en rien se confondre avec communication voire propagande, nos titres ne sont pas des « marques ».

Le Conseil de l’Europe invitait au début des années 2000 les « Etats membres a encourager les médias à renforcer l’indépendance éditoriale et d’autres moyens d’autorégulation. » Il a lui-même affirmé que « l’exercice libre et sans entrave des libertés journalistiques est vital pour la libre formation des opinions et des idées ».

mardi 31 mars 2009

Les mauvaises raisons d'un succès de librairie, par Eric Marty

Tout le monde se souvient de quelques énoncés qui, jadis, firent scandale : selon une rumeur venue d'Europe, les chambres à gaz n'avaient jamais existé, selon une autre, émanant du monde arabe, le Temple juif de Jérusalem était une invention des colons sionistes, malgré son attestation par le Coran décrivant Jésus y priant "debout".

Mais avec le siècle qui vient, et qui s'annonce comme redoutable, on aura compris que ces négations-là ne relevaient que du détail. Le livre de Shlomo Sand, Comment le peuple juif fut inventé : de la Bible au sionisme (Fayard, 2008), règle la question de manière définitive. Le peuple juif n'existe pas : divine surprise !

Inutile de faire l'apprenti chimiste pour déclarer l'innocuité du Zyklon B, inutile de jouer à l'archéologue pour faire du Mur des lamentations une excroissance de la Mosquée Al-Aqsa, car si le peuple juif n'est qu'une invention du XIXe siècle sous le paradigme occidental de l'Etat-nation, alors la question est réglée. Certains pourront en conclure d'ailleurs qu'il est bien naturel qu'un peuple qui n'existe pas invente à l'infini des légendes pour attester sa pseudo-existence.

Ce n'est pas ici le lieu de dénoncer les confusions, et surtout le caractère naïvement massif de la thèse du livre de Shlomo Sand. Des spécialistes l'ont fait. Il s'agit de l'oeuvre d'un historien autodidacte dont les informations sont de seconde main, qui mêle les approximations à des choses connues, mais qui sont présentées sous l'angle biaisé de découvertes sulfureuses.

Sand présente le fait qu'il n'y a pas de race juive comme une découverte qui fait du peuple juif une invention historique. Mais ce faisant, il confond deux catégories étrangères l'une à l'autre, celle de "race" et celle de "peuple". La tradition d'Israël n'est pas une tradition raciale comme la Bible l'atteste (l'épouse non juive de Moïse, Séphora, Ruth, l'étrangère, ancêtre du roi David), tradition perpétuée par l'actuel Israël, comme tout visiteur peut le constater en admirant dans le peuple juif son extraordinaire pluralité : juifs noirs, jaunes, blancs, orientaux, blonds, bruns... La substitution race/peuple est révélée par le titre : Comment le peuple juif fut inventé... Or tout le livre consiste à vouloir prouver que les juifs actuels ne sont pas "génétiquement" les descendants des Hébreux.

On dira que le peuple juif n'a jamais cessé d'être "inventé" : par Abraham, par Jacob, par Moïse... Mais aussi par chaque juif. Car l'invention même du peuple juif, loin d'être une preuve de son inexistence, est une preuve radicale - irréfutable - de la singularité radicale de son existence propre. Existence fondée sur le principe abrahamique de son invention ou de sa vocation, puisque cette existence est réponse à un appel.

CONCLUSION PERVERSE



Peuple unique en ce qu'il est fondamentalement logocentrique - lié au langage, lié au nom - et textocentrique, lié à un texte : la Torah. Que la filiation soit constitutive du peuple juif ne peut apparaître comme un élément ontologique. Le principe de filiation n'est que la régulation civile de l'existence historique de ce peuple, des conditions de possibilité d'une perpétuation qui autorise son inscription dans le temps chronologique, dans le temps de l'histoire humaine. Voilà pourquoi il y a un peuple juif, voilà pourquoi il n'y a pas de "race juive", même s'il est patent que les Cohen et les Lévy du monde entier ont quelques liens incarnés. C'est ce qu'on peut appeler très simplement la facticité juive : le fait d'être juif.

Le livre de Sand manifeste là l'indigence de son "épistémologie". Sand est un "moderne". Il voudrait devenir le Michel Foucault du XXIe siècle. Il espère, en proclamant que le peuple juif est une "invention du XIXe siècle", reproduire, en le mimant, le Foucault de jadis affirmant que l'homme était "une invention récente". Mais, pour Foucault, il était fondamental, à l'intérieur du discours philosophique moderne même, de réfléchir méthodiquement à cette "invention" dans les savoirs - l'homme - et de la déconstruire.

Or c'est sur ce point que le livre de Sand se révèle vide. Car s'il dénie aux juifs une aspiration, qu'ils n'ont jamais eue comme peuple, à se constituer en race, il ne déconstruit pas la notion de race. Au contraire, il lui confère, à dessein ou non, un statut de vérité qui se donne comme vérité ultime. En effet, la conclusion, proprement perverse, de son livre est d'attribuer au peuple palestinien ce qui a été dénié aux juifs, à savoir qu'ils sont - eux, les Palestiniens - les vrais descendants génétiques des Hébreux originaires !

Cet épilogue est le révélateur de la finalité du livre. On y trouve le principe mythologique de l'inversion dont le peuple juif est la victime coutumière : les juifs deviennent des non-juifs et les Palestiniens les juifs génétiques. On peut, dès lors, en déduire qui est l'occupant légitime du pays. En ne déconstruisant pas radicalement la notion d'héritage génétique, en en faisant, au contraire, bénéficier le peuple palestinien, Sand révèle tout l'impensé qui obscurément pourrit ce qu'il tient pour être une entreprise libératrice. Il montre que la méthode substitutive qu'il emploie est tout simplement mystificatrice, et ce d'autant plus qu'elle voudrait être au service de l'entente entre les ennemis.

Nier l'identité juive est une vieille marotte, aujourd'hui parasite obstiné de la pensée contemporaine. D'où vient ce vertige du négatif ? On l'aura compris en lisant le livre de Shlomo Sand : d'un désir obscur de faire des juifs de purs fantômes, de simples spectres, des morts-vivants, figures absolues et archétypales de l'errance, figures des imposteurs usurpant éternellement une identité manquante. Eternelle obsession qui, loin de s'éteindre, ne cesse de renaître avec, désormais, un nouvel alibi mythologique : les Palestiniens.


Eric Marty est écrivain et critique, professeur de littérature à l'université Paris-Diderot